Du confinement radiocatif à la bataille pour la convalescence

Avec « Le cœur confiné, impossible retirement », André Machayekhi revisite et prolonge l’Histoire de Tchernobyl. Si dans la nuit du 26 avril 1986 les hélicoptères avaient finalement réussi à vaincre le feu en projetant du sable des hélicoptères sur le cœur du réacteur, ici, la radioactivité ne baisse pas, le cœur du réacteur « confiné » est bien toujours actif, rien ne peut l’atteindre : la résolution semble impossible, la sagesse humaine inaccessible.

Le coeur confiné, impossible retirement
Le coeur confiné, impossible retirement

Echo de l’état du monde par une économie du récit parfois proche du dessin de presse, son aquarelle continue de raconter ces monstres créés par l’homme qu’il tente de combattre dans ce va et vient absurde.

En 2019, dans une anticipation et une préfiguration éloquentes, André Machayekhi se lance dans « La Bataille pour la convalescence ». Une allégorie de la convalescence…où les bateaux en guerre fictive oeuvrent à créer pour le malade – que l’on voit juste au dessus de la bataille – un nuage apaisant et réparateur.

La Bataille pour la convalescence (aquarelle sur plâtre)

Puis, nous voici en mars 2020, où le réel semble laisser si peu de prise à son écriture, à son interprétation, à sa libre représentation tant il nous apparaît soudain, stupéfiant, sidérant.

La dérision, l’amusement, l’enfantillage de l’esprit s’imposent alors à André Machayekhi comme des contournements possibles à ce trop plein de réalité et d’actualité(s) omniprésente(s).

Docteur Achab, Stupid Cupid contre Avid Covid, l’escadrille du « Caducée » achève le monstre dans son repaire (aquarelle sur plâtre)

Avec cette aquarelle – dont la narration est construite sur un triptyque – André choisit le fantastique, les cultures populaires de films de monstre mais aussi celles plus « classiques » (Moby Dick) pour nous représenter, cette chose informe et invisible à nos yeux qu’est le virus. Si un monstre difforme avait été pensé au début, c’est finalement l’image d’une pompom girl qui est retenue.

« Car le virus n’est pas un monstre extérieur, il fait partie de nous, il porte cette frénésie, cette agitation portées par l’humanité ».


Coeurs confinés, l’impossible retirement

En écho à Tchernobyl, une deuxième aquarelle suit « Docteur Achab » : « Cœurs confinés, impossible retirement.  » Pour cette allégorie d’un monde qui se défait, les couleurs ont presque toutes disparu, le plafond du palais se délite, les couronnes du couple royal isolé sont grignotées. Le fou du roi qui représente le divertissement est banni et vient retrouver le médical, le militaire, le politique qui n’ont également plus leur place dans ce palais au bord de la disparition.